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— Articles 33 & 34 du RGPD —

Violation de données :
72 heures pour réagir

Un email envoyé au mauvais destinataire, un ransomware, un dossier patient accessible sans habilitation : toute violation de données personnelles déclenche une horloge. 72 heures pour notifier la CNIL — et en santé, des obligations supplémentaires qui s'ajoutent.

72h maximum Art. 33 & 34 RGPD Obligation ANS en santé Registre interne obligatoire

Qu'est-ce qu'une violation de données — et pourquoi c'est plus large qu'on ne croit

L'article 4.12 du RGPD définit la violation de données comme "une violation de la sécurité entraînant, de manière accidentelle ou illicite, la destruction, la perte, l'altération, la divulgation non autorisée de données personnelles transmises, conservées ou traitées d'une autre manière, ou l'accès non autorisé à de telles données." La définition est très large — et en santé, presque chaque incident implique des données sensibles.

Violation de confidentialité

Divulgation ou accès non autorisé

Des données sont consultées ou communiquées par des personnes qui ne devaient pas y avoir accès — intentionnellement ou par erreur.

  • Email contenant des données de santé envoyé au mauvais destinataire
  • Dossier patient visible sur un écran accessible au public
  • Habilitation d'accès non révoquée après départ d'un salarié
  • Intrusion informatique avec accès aux données patients

Violation d'intégrité

Modification ou altération non autorisée

Des données sont modifiées sans autorisation — par un tiers malveillant, un bug logiciel ou une erreur humaine — de sorte qu'elles ne reflètent plus la réalité.

  • Ransomware chiffrant et altérant les données
  • Modification d'un dossier patient par une personne non habilitée
  • Corruption de base de données suite à un incident technique

Violation de disponibilité

Perte ou destruction de données

Des données sont perdues, détruites ou deviennent temporairement inaccessibles — même sans divulgation à des tiers. La perte de disponibilité d'un système de santé peut mettre des vies en danger.

  • Panne système sans sauvegarde récupérable
  • Vol ou perte d'un ordinateur portable contenant des données patients
  • Suppression accidentelle d'une base de données

Toutes les violations ne sont pas notifiables à la CNIL — mais toutes doivent être documentées dans un registre interne (Art. 33.5 RGPD). La décision de notifier ou non est elle-même une décision qui doit être motivée et conservée. L'absence de registre des violations est un manquement sanctionnable indépendamment de la violation elle-même.

72 heures : comment l'horloge se déclenche et comment ne pas la rater

Le délai de 72 heures commence à courir dès que le responsable de traitement "prend connaissance" de la violation — pas dès qu'elle est avérée, pas dès qu'elle est qualifiée, pas dès qu'elle est totalement documentée. La connaissance par un membre de l'équipe vaut connaissance par la structure.

72h

À partir de la prise de connaissance, pas de la certitude

Le délai commence dès qu'un membre de l'organisation détecte un incident susceptible de constituer une violation. Attendre d'avoir toutes les informations pour commencer l'analyse fait perdre un temps précieux. La notification peut être complétée ultérieurement (notification en deux temps prévue par le RGPD).

H0 — Détection

L'incident est détecté

Par un membre de l'équipe, un système d'alerte, un prestataire ou un tiers. L'horloge commence. Alerter immédiatement le DPO ou le responsable de la structure.

H0–H24 — Qualification

Évaluation de la violation

Nature de la violation (confidentialité, intégrité, disponibilité), données concernées, personnes affectées, causes probables. Le DPO pilote cette analyse.

H24–H72 — Notification CNIL

Notification si nécessaire

Si la violation est susceptible d'engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes, notification à la CNIL sur le portail dédié. Possible en deux temps si l'analyse n'est pas complète.

Sans délai — Personnes concernées

Information des personnes si risque élevé

Si la violation engendre un risque élevé pour les droits et libertés (données de santé compromises, usurpation d'identité possible…), les personnes concernées doivent être informées "dans les meilleurs délais".

Quand notifier la CNIL — et quand informer les personnes concernées

Le RGPD distingue deux seuils : le risque (notification à la CNIL) et le risque élevé (notification aux personnes). En santé, la présence de données de santé élève mécaniquement le niveau de risque — la quasi-totalité des violations déclenche au moins la notification à la CNIL.

Art. 33 RGPD

Notification à la CNIL : dès qu'il y a un risque

La notification est obligatoire dès que la violation est "susceptible d'engendrer un risque pour les droits et libertés des personnes physiques". En santé, avec des données de santé concernées, ce seuil est presque toujours atteint.

  • Nature, catégories et nombre approximatif de données concernées
  • Coordonnées du DPO
  • Conséquences probables de la violation
  • Mesures prises ou envisagées pour y remédier
Dans les 72h — Art. 33 RGPD

Art. 34 RGPD

Information des personnes : quand le risque est élevé

Si la violation est susceptible d'engendrer un risque élevé pour les droits des personnes, elles doivent être informées individuellement "dans les meilleurs délais". En santé, la compromission de données médicales est presque systématiquement qualifiée de risque élevé.

  • Nature de la violation en langage clair
  • Coordonnées du DPO pour toute question
  • Conséquences probables pour la personne
  • Mesures prises et recommandations pour se protéger
Sans délai si risque élevé — Art. 34 RGPD

Art. 33.5 RGPD

Le registre interne : toujours, même sans notification

Toute violation doit être documentée dans un registre interne — y compris celles qui n'ont pas été notifiées à la CNIL, avec la justification de la décision de non-notification. Ce registre est le premier document demandé par la CNIL en cas de contrôle post-incident.

  • Date et heure de détection et de notification
  • Description des faits et données concernées
  • Analyse des risques et décision motivée
  • Mesures correctives mises en place
Obligatoire pour toutes les violations — Art. 33.5 RGPD

Les obligations supplémentaires propres au secteur de la santé

En santé, la gestion d'une violation de données ne se limite pas au RGPD. Des obligations sectorielles spécifiques s'y ajoutent — avec leurs propres délais et leurs propres interlocuteurs. Les ignorer peut aggraver significativement les conséquences d'un incident.

Déclaration à l'ANS pour les systèmes d'information de santé

L'article L. 1111-8-2 du Code de la santé publique impose aux établissements de santé et aux opérateurs de services numériques en santé de déclarer les incidents de sécurité affectant leurs systèmes d'information à l'Agence du Numérique en Santé (ANS). Cette obligation est distincte et complémentaire de la notification CNIL.

La déclaration s'effectue sur le portail cyberveille-sante.fr et peut être transmise simultanément au CERT Santé pour appui technique. Les établissements soumis à la certification HDS ont des obligations renforcées de suivi des incidents.

CERT Santé : l'appui technique en cas d'incident cyber

Le CERT Santé (Computer Emergency Response Team Santé), opéré par l'ANS, offre une assistance technique aux structures de santé victimes d'incidents de cybersécurité. En cas de ransomware, d'intrusion ou d'incident majeur, le CERT Santé peut être contacté pour accompagner la réponse technique — confinement de l'incident, analyse forensique, remédiation.

Contacter le CERT Santé ne se substitue pas à la notification CNIL, mais est fortement recommandé pour tout incident cyber affectant des données de santé.

Information des patients : une obligation éthique et juridique renforcée

En santé, l'obligation d'informer les personnes concernées en cas de risque élevé est doublement fondée : par l'Art. 34 RGPD et par l'obligation d'information du patient inscrite dans le Code de la santé publique (Art. L. 1111-2 CSP). La compromission de données médicales engage la responsabilité de la structure vis-à-vis de ses patients — indépendamment du RGPD.

Pourquoi gérer seul une violation de données est une erreur

Dans l'urgence d'un incident, les erreurs de gestion — minimiser, différer, mal documenter — peuvent transformer une violation gérable en crise majeure. Un DPO présent dès la détection structure la réponse et évite les faux pas qui aggravent la sanction.

Ce que le DPO apporte dans les premières heures

La gestion d'une violation de données est une opération de crise qui mobilise des compétences juridiques, techniques et de communication simultanément. Le DPO est l'unique interlocuteur formé pour coordonner l'ensemble.

Qualifier rapidement le niveau de risque — Faut-il notifier la CNIL ? Faut-il informer les personnes ? Ces décisions doivent être prises dans les premières heures, sur la base d'une analyse juridique — pas d'une intuition. Une mauvaise qualification expose à une sanction pour non-notification ou pour notification inutile.
Rédiger la notification CNIL dans les délais — La notification doit comporter des éléments précis définis par l'Art. 33 RGPD. Une notification incomplète ou tardive aggrave la situation. Le DPO rédige la notification, la soumet dans le délai et assure le suivi du dossier CNIL.
Coordonner les obligations sectorielles spécifiques — En santé, déclaration ANS, contact CERT Santé, information des patients, suivi des obligations HDS : chaque obligation a son interlocuteur et son délai. Le DPO coordonne l'ensemble pour qu'aucune obligation ne soit omise.
Documenter l'incident pour le registre et la défense — Le registre des violations est constitué dès les premières heures. Il sera le premier document présenté à la CNIL. Une documentation rigoureuse, menée par le DPO, démontre que la structure a réagi avec diligence — ce qui est systématiquement pris en compte dans les décisions de sanction.

— Ne restez pas seul face à l'incident —

Un DPO disponible dès la détection, pour gérer chaque heure

RGPD Santé accompagne les structures de santé dans la gestion des violations de données — de la qualification de l'incident à la notification CNIL, en passant par les obligations sectorielles spécifiques au secteur sanitaire.